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Naufrage
Il y avait bien longtemps qu'il avait fait naufrage.
Des heures, des jours, des lustres ? Peu lui importait. Il
était juste là, planté au beau milieu
de l’océan, engoncé dans son
gilet de sauvetage, dérivant au gré des courants,
au gré des vents, au gré du temps…
Il aurait
été bien incapable de se souvenir du moment clé.
Celui où son bateau avait coulé, le laissant
seul, perdu dans ce désert d’eau salée. Comment l’aurait-il
pu ? Alors qu’il ne savait même pas qui il était, qu’il
n’avait aucune idée de ce qu’il pouvait
faire sur un bateau.
Au juste ! Y avait-il eu un bateau ?
Et puis, quelle importance ? Le passé était
liquide, le présent était liquide quant au futur, il semblait prédestiné à
la noyade…
Le temps n’existait plus, l’espace lui-même
semblait s’être dissout, et il était là, poussière
perdue entre ciel et mer, particule plongée dans l’infinité
du néant.
La mer noyait son chagrin, le vent balayait son âme,
emportait ses espoirs, le soleil brûlait à jamais ses désirs.
Bien des fois il aurait voulu pouvoir faire le
grand plongeon ! Descendre au fond du gouffre, cesser à
jamais de dériver. Hélas, on ne se libère pas si aisément.
Son maudit gilet avait toujours gain de cause.
Lui laissant juste une
parcelle de conscience, il le maintenait suffisamment en éveil
afin qu’il puisse goûter jours après jours les affres
de la solitude...
Un matin, alors que les premiers rayons du soleil commençaient
leur danse sur la crête des vagues, il l’aperçut.
Il crut d’abord
qu’il s’agissait d’un mirage. Son esprit, engourdi par les heures
passées au beau milieu de nulle part, ne pouvait
admettre ce qu’il voyait.
Encore un de ses délires
! soupape de sécurité, qui à défaut de lui permettre
de vivre, le laissait parfois reprendre son souffle, avant de retomber dans
sa réalité.
Finalement, au bout d’une
infime part d’éternité, il réussit
à accepter ce que ses yeux affirmaient. Il
n’était plus seul dans cette immensité.
Hasard des
courants, hasard des vents, hasard du temps qui les avaient fait
se rejoindre.
Jonction de deux paumés, trempés
jusqu’au fond de l ‘âme, noyés par les flots du destin.
Les vagues
les portèrent l’un vers l’autre. Et à travers les larmes qui
embrumaient leur visage, ils se sourirent. Il la prit par la main, elle
l’embrassa et, le cur un peu moins lourd ils continuèrent à
dériver.
Ils dérivèrent, et dérivèrent
encore…
Et, un matin ils se retrouvèrent tout étonnés
sur une plage de sable fin.
Comment étaient-ils arrivés là !
Ils s’en fichaient complètement ils étaient sur la terre ferme !
Ils avaient l’impression de renaître !
Ils firent l’amour sur
le sable chaud, se poursuivirent en riant, ils vivaient ! Enfin ils allaient
pouvoir envisager un futur, vivre le présent, et laisser partir le
passé à la dérive.
Le lendemain, ils décidèrent
d’explorer les environs.
Ils s’engagèrent main dans la main dans
une forêt qui bordait la plage.
Ils s’enfoncèrent en même
temps.
Ils
n’avaient pas vu les sables mouvants...
~~*~~
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